Ce qui dérange

March 27, 2013 | Louis | Comments (0)

Sorti le 5 septembre 2012, Une semaine de vacances de Christine Angot a divisé les critiques. D'un côté, ceux qui accusent le livre d'être illisible, trop cru, difficile à endurer à cause de ses descriptions cliniques d'actes inavouables, et surtout, impardonnables. De l'autre, ceux qui considèrent le livre comme un chef-d'oeuvre de style, de narration, qui louent le courage d'aborder un tel sujet avec la maîtrise que révèle Angot.

 

Il ne remporte pas le Goncourt, ni le Femina, ni le Médicis, comme le voudraient certains critiques. Mais il gagne le Prix Sade 2012.

 

La Bibliothèque vient de recevoir ses copies du livre.

 

Je l'ai lu.

 

En ces temps ou Cinquante nuances de Grey sature notre univers médiatique, où chaque livre érotique cherchant à copier le succès de Grey se voit placé en affiche dans le métro et discuté dans les clubs de lecture de femmes, où les vénérables Éditions Larousse publient 50 nuances de plaisir (guide présentant les nombreuses positions sexuelles décrites dans Grey), comment se fait-il qu'un livre qui traite d'une semaine d'actes sexuels puisse être si dérangeant?

 

Car si ces actes sont décrits de manière clinique dans Une semaine, notre réaction l'est aussi. Il y a des répétitions qui ne portent pas à l'érotisme. Et côté histoire, c'est plutôt simple et ennuyant.

 

Non, évidemment l'attrait de ce livre, son scandale, réside dans l'allusion. Disons-le franchement: l'inceste — en tant que fiction et en tant qu'autobiographie romancée, comme c'est bien connu de la vie de Christine Angot. L'inceste d'un père et de sa fille préadolescente — vous voulez tous les détails?

 

Ce qui dérange le plus, à part du contenu de l'histoire en soi, ce sont les questions que soulève le livre, les questions que nous sommes forcés à confronter: peut-on représenter l'inceste sans jugements? Doit-on écrire sur l'inceste? Y a-t-il une valeur à écrire sur l'inceste? Pourquoi lire sur l'inceste? Pourquoi être curieux vis-à-vis l'inceste? Publier et acheter un livre sur l'inceste, est-ce de l'exploitation? A-t-on le droit de lire un tel livre comme divertissement? Doit-on se sentir coupable si un tel livre nous excite le moindrement? Et le lire avec dégout, n'est-ce pas le lire quand même, donc devenir complice du crime?

 

Enfin, à mon avis, ce sont de telles questions qui donnent de la valeur à un texte qui resterait autrement sans grand intérêt.

 

Que demander de plus à la littérature que ce dérangement de nos pensées et nos émotions?


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