La marque Modiano

October 15, 2014 | Louis | Comments (0)

Avec un Modiano en Folio dans ma poche, je peux traverser toutes les villes du monde, je peux vaincre la nuit. Il est là, médicament de 200 pages, cigarettes à souvenirs, flacon de mélancolie.

  Paris

Modiano — ce n'est pas une vingtaine de romans, c'est un crépuscule, un effort contre l'oubli, une lassitude envers la folie du monde. Ce sont des paroles chuchotées à la pénombre, une narration intime d'un journal privé, des souvenirs qui n'ont plus d'impact, plus d'importance.

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On aime Modiano comme on s'éprend d'un vieux café dans un coin négligé de la ville, comme on aime une peinture d'un artiste anonyme, comme on revient auprès d'un lac, d'un gîte, d'une forêt qui ne sont sur aucune liste des choses à voir.

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Modiano, c'est une marque. C'est une des grandes accusations de ses détracteurs — il ne fait qu'écrire le même livre. Justement, en voilà sa beauté, son mérite, notre impression de le retrouver et de se retrouver chaque fois qu'on commence un de ses romans et que nous replongeons dans cette atmosphère si unique à lui.

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La marque Modiano : celle qui marque ses lecteurs tout autant qu'une lecture de Proust, de Perec, de Gracq. Celle qui convertit de simples lecteurs en défenseurs du projet Modiano, projet littéraire de toute une vie, projet indifférent aux modes, à la renommée, à la critique. Projet qui semble une quête pour une forme spéciale de vérité, un refus d'oublier les négligés, les faibles, les innocents, les disparus.

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Bien sûr, il y a des Modianos préféré : Le Modiano du début, acerbe, accusateur, innovateur. Le Modiano de l'Occupation. Le Modiano de la guerre d'Algérie. Le Modiano des souvenirs. Le Modiano de la mélancolie. Le Modiano enquêteur des vies brisées par l'Holocauste. Le Modiano d'un Paris qui n'existe plus, qui n'a peut-être jamais existé. Le Modiano des romans où rien ne se passe, mais où l’on sent le passé qui nous frôle.

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Et à chaque effort de médiatisation, à chaque entrevue à la télévision où Modiano semble à bout de force, incapable de terminer ses phrases, où il n'arrive jamais à condenser son projet littéraire en platitudes, nous l'acclamons, nous le respectons de plus en plus. Comment exprimer la complexité de la vie, comment prétendre à une objectivité que nous n'avons pas? Modiano, humble et sincère, n'est chez lui que dans ses livres.

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Portez Modiano dans la poche de votre manteau. Laissez de côté vos Roth et Murakami. Lisez-le et soyez séduit.

 

Modiano, 1969 - photo de D.R.

Modiano, 1969 – Photo de D.R.

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