Houellebecq : honnêteté et sincérité

February 19, 2015 | Louis | Comments (4)

Houellebecq plate

Michel Houellebecq me donne l'impression d'un grand frère.

J'ai souvent de la difficulté à le prendre au sérieux, comme un grand frère qui dit des vulgarités pour faire rire, qui scandalise les adultes par son manque de tact, de neutralité, qui prend plaisir à dire des vérités odieuses. Un grand frère qui a vu beaucoup plus de choses que moi, et qui peut adopter une vision blasée et cynique du monde sans paraître faux, ridicule.

Et précisément, parce qu'il a vu et comprit bien des choses en ce monde, je lui dois le respect qu'on montre envers un grand frère, surtout un grand frère prêt à partager les richesses de ses observations. Je les prends avec un grain de sel, mais je veux les entendre tout de même. Qui sait? Peut-être que le grand frère a raison?

Allez-vous lire Soumission, le dernier du grand frère? Il semble que la France entière se croit obligée de le lire (même François Hollande a avoué qu'il le lirait prochainement, qu'il doit le lire). Je l'ai terminé il y a quelques jours et j'y pense encore beaucoup.

Loin de moi de vous influencer avec ce blogue, de vous dire si oui, c'est un incontournable, ou non, c'est de la pourriture.

Étant donné la tempête médiatique qui a accompagné la sortie du livre (causé en grande partie par les évènements horrifiques aux bureaux de Charlie Hebdo), vous savez sans doute les thèmes principaux du livre, ou au moins son idée principale : l'élection démocratique d'un parti musulman en France et ce qui s'ensuit à tous les niveaux de société.

On parle de "fable" dans la veine d'un 1984. Houellebecq nie tout engagement politique, et repousse l'accusation qu'il aide, directement ou indirectement, à légitimer les craintes des partis d'extrême droite en France. Ce n'est qu'une fiction qui ose considérer ce qui semble impossible, effrayant pour beaucoup de monde, qui expose un racisme bien trop évident dans les relations entre Français et musulmans.

C'est un livre à thèse, un livre qui nous force à prendre position. Cela en soi est rafraichissant, étant donné la grande majorité des livres publiés ces temps-ci qui ne cherchent qu'à divertir, qu'à être beau, bon, banal.

Ultimement, je parie que votre opinion du livre sera determinée par votre perception de Houellebecq lui-même.

Il sera question de la différence entre l'honnêteté et la sincérité. Accepterez-vous l'honnêteté du texte, sa lumière crue et clinique illuminant la vulgarité, la solitude, et l'angoisse de nos vies en sociétés occidentales contemporaines?

Et accepterez-vous surtout la sincérité de Houellebecq de jouer avec ces idées provocantes pour des gains philosophiques et littéraires seulement? Pas par désir de choquer les bourgeois et faire frémir les xénophobes, au grand bénéfice des ventes?

Comme un grand frère qui raconte des escapades inventées à son petit frère, je ne doute pas de l'honnêteté des actes et des circonstances que décrit Houellebecq dans son livre (le monde est comme il est, après tout, aucun besoin de se mettre la tête dans le sable). Mais j'ai mes doutes quand à la sincérité du raconteur. Je crois que mon grand frère aime faire penser par-dessus tout. Qu'il veut nous faire penser autrement, et à des choses que nous préférons ignorer.

Et c'est peut-être ça, en fin de compte, le plus grand avantage d'avoir un grand frère comme Houellebecq.

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